Page:Darien - La Belle France.djvu/50

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qui portent leur cervelle dans leur ventre ou dans leurs bottes, et dont l’âme est un larynx, ils n’ont point été surpris non plus ; parce que rien ne peut les surprendre, parce qu’ils sont prêts à tout admettre, à tout avaler, parce qu’ils prennent les rayons que projette la lanterne sourde du sieur du Paty de Clam pour la lumière du soleil. Il est parfaitement inutile de chercher à les convaincre ; il n’y a qu’une chose à leur dire : Si la façon dont ceux que vous admirez traitent les Français ne peut vous émouvoir, vous serez peut-être émus par la façon dont ils vous feront traiter par les Allemands. Et vous le seriez sans doute aussi par la façon dont ils vous traiteraient eux-mêmes, s’ils osaient.

S’ils osaient ! Ah ! ah ! La répression de juin 48 et les massacres de la Commune seraient peu de chose à côté de ce que s’offriraient aujourd’hui les professionnels du sabre — et du rasoir. — Le sang coulerait à gros bouillons dans les ruisseaux des villes françaises, et Cayenne ne manquerait plus de colons. Oui, s’ils osaient, je vous en donne l’assurance, nous tous qui n’avons pour eux que les sentiments qu’ils méritent, nous tous qui haïssons le despotisme militaire et clérical, qui voulons être libres et qui n’avons point de billets de confession — nous tous, oui, qui croyons que la vie de notre pays ne doit pas commencer au bureau de recrutement pour finir à la sacristie en passant par le lupanar — nous serions fusillés, déportés, exterminés, hachés menu comme chair à pâté. Et pour ceux qui échapperaient il y aurait la servitude qu’ils réclament, qu’ils connaîtraient enfin dans toute sa hideur — et dont ils sont dignes. — La France, qui eut déjà une Terreur rouge et une Terreur blanche, aurait demain une Terreur tricolore — s’ils osaient.

Mais ils n’osent pas. Ces gens qui crient si haut pensent tout de même, tout bas. Leur fanatisme est fiévreux ; retors, cependant, et attentif. Leur ambition est agressive et cassante ; spongieuse, pourtant, et fort prudente. Ces paladins sont des baladins. Mais fort habiles au fond, malgré leurs maladresses de détail, souvent plus appa-