Page:Darien - La Belle France.djvu/77

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terrible, n’ont pas laissé trace dans son esprit. Le sauveur qu’il rêve, c’est le sauveur légendaire, réglementaire devrais-je dire, qui commence son épopée dans les rues sanglantes de Paris et qui la termine à Waterloo ou à Sedan ; s’il arrive à s’incarner, ce sauveur-là, et si l’on souille d’une croix la tombe de chacune de ses victimes, il aura de quoi saluer de l’épée, le mec ! Et il faudra même qu’il ait un fameux poignet, un poignet de jésuite, un poignet habitué à des batailles spéciales, pour aller jusqu’au bout. Ça ne fait rien, c’est chouette tout de même, de penser qu’on sera salué quand on sera mort. Ça vous fiche l’envie de tourner de l’œil et de donner votre bidoche à bouffer aux asticots de la Bénédiction. Sacré Coppée, va ! Il n’y a que lui pour trouver ça ! — Coppée, faudra que t’écopes !

Si tu n’étais pas la baderne de sacristie et le sacristain de caserne que tu es, misérable, tu aurais probablement vu dans ton rêve un autre sauveur — celui qui viendra. — Il viendra sans qu’on l’attende, et sans parler. Il n’aura pas besoin d’expectorer des discours et de polir des phrases pour se faire comprendre. Son geste muet dira que le temps est passé des lâches mensonges et des hypocrisies meurtrières. Il ne saluera point les croix auxquelles est crucifiée la Misère : il les renversera. Il ne demandera pas de couronne : il exigera la liberté et le bonheur de tous. Il déliera les opprimés et appesantira sa main sur les oppresseurs. Son épée, ce sera la faux qui fauche le cou des tyrans, entre ses deux manches rouges.

Il viendra, oui… mais pas encore, peut-être. Il est possible que l’heure n’ait pas sonné pour la France, pour cette France qui s’aveulit et s’acagnarde chaque jour davantage, d’être tirée de sa léthargie. Il est possible que ce soit l’autre sauveur qui vienne d’abord, celui qui salue les instruments de supplice de son épée d’assassin, l’être immonde béni par le prêtre et chamarré par le soldat. Il est possible que les larbins du Nationalisme n’aient pas tort d’épousseter son plumet et de bassiner son plumard. Il est possible qu’il règne.