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sens, la seule différence c’est que le mot, substantif en zend, est adjectif en sanscrit :

Kim svid vanam ka u sa vṛxa âsa
yato dyâvâpṛthwî nishtataxus
samtasthâne aģare itâutî. (10.31.7)

« Dites, quel bois était-ce, quel arbre, d’où ils ont taillé le Ciel et la Terre, ces deux êtres immobiles, qui ne vieillissent pas, qui durent. »

Tévishi et utayûiti, ou plutôt comme nous écrirons désormais, itayûiti, sont donc les attributs naturels de Haurvatà^ et d’ Ameretâif ; le dieu de la Santé donne la vigueur, le dieu du Nonmourir donne la durée.

ameretâitî ashaonô urvâ aêsho
itayûtà y a lieras çâdrâ dregvatô (44. 7)
« L’âme du pur aspire à l’immortalité et à la durée,
lesquelles sont étroites pour les pervers[1]. »

Ameretât, comme nous l’avons déjà remarqué, est un mot à double sens ; le non-mourir peut désigner soit la longue vie terrestre, soit une vie céleste et éternelle qui suit la vie d’en bas. Quand l’idée de la vie future et de la résurrection eut produit un dogme précis, et d’une importance essentielle dans le Mazdéisme, ameretât n’offrit plus que la seconde idée, et la première disparut du mot, parce que toutes les fois qu’un mot religieux est susceptible de deux sens, le sens le plus imposant et le plus mystique refoule forcément le sens vulgaire et sensible. Aussi, toutes les fois que la tradition s’attache dans Ameretât au sens étymologique, elle y voit l’immortalité de la vie future , celle qui suit la résurrection du corps, le tan i paçîn[2]. Tel était le cas

  1. Nériosengh fait de itayùtà un adjectif, au nominatif ou à l’accusatif, ce qui est impossible, itayùtà étant pour la forme un locatif, parallèle à ameretâitî : adhyavasâyino ye narâ mjâsino durc/atiman/as ; il me semble impossible d’expliquer grammaticalement cette traduction ; Nériosengh s’est contenté de traduire au fur et à mesure les termes du pehlvi en mettant au hasard, comme souvent, les désinences. Lepehlvi porte : amat gabrâ (u !) tang darvand ; çâdrâ est en effet ordinairement rendu par tangî « étroitesse » (Spiegel. Comment., U, 44) ; le pehlvi semble donc signilier : tandis que le pervers est à Vétroit (quum homo arctus pravus). Notre traduction n’en diffère que grammaticalement : yâ est relatif, çâdrâ est un adjectif signifiant étroit et construit avec l’accusatif, parce que le sens verbal (mettant à l’étroit, serrant) est encore senti. (Le même passage est cité Vispered 21, 4 avec le génitif nars... dregvatô). Le sens est que les jours des pervers sont limités.
  2. Le second corps (le pâçcâtyam vapus de Nériosengh).