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146 Lois de la variation.  

d’existence. Ainsi, tous les fourreurs savent fort bien que les animaux de la même espèce ont une fourrure d’autant plus épaisse et d’autant plus belle, qu’ils habitent un pays plus septentrional ; mais qui peut dire si cette différence provient de ce que les individus les plus chaudement vêtus ont été favorisés et ont persisté pendant de nombreuses générations, ou si elle est une conséquence de la rigueur du climat ? Il paraît, en effet, que le climat exerce une certaine action directe sur la fourrure de nos quadrupèdes domestiques.

On pourrait citer, chez une même espèce, des exemples de variations analogues, bien que cette espèce soit exposée à des conditions ambiantes aussi différentes que possible ; d’autre part, on pourrait citer des variations différentes produites dans des conditions ambiantes qui paraissent identiques. Enfin, tous les naturalistes pourraient citer des cas innombrables d’espèces restant absolument les mêmes, c’est-à-dire qui ne varient en aucune façon, bien qu’elles vivent sous les climats les plus divers. Ces considérations me font pencher à attribuer moins de poids à l’action directe des conditions ambiantes qu’à une tendance à la variabilité, due à des causes que nous ignorons absolument.

On peut dire que dans un certain sens non seulement les conditions d’existence déterminent, directement ou indirectement, les variations, mais qu’elles influencent aussi la sélection naturelle ; les conditions déterminent, en effet, la persistance de telle ou telle variété. Mais quand l’homme se charge de la sélection, il est facile de comprendre que les deux éléments du changement sont distincts ; la variabilité se produit d’une façon quelconque, mais c’est la volonté de l’homme qui accumule les variations dans certaines directions ; or, cette intervention répond à la persistance du plus apte à l’état de nature.

EFFETS PRODUITS PAR LA SÉLECTION NATURELLE SUR L’ACCROISSEMENT DE L’USAGE ET DU NON-USAGE DES PARTIES.

Les faits cités dans le premier chapitre ne permettent, je crois, aucun doute sur ce point : que l’usage, chez nos animaux domestiques renforce et développe certaines parties, tandis que le non-