Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/152

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yeux, il voit sous la clarté douce de l’abat-jour le bon abbé Germane qui, tout en fumant, fait courir sa plume, à petit bruit, du haut en bas des feuilles blanches…

… Je fus réveillé le lendemain matin par l’abbé qui me frappait sur l’épaule. J’avais tout oublié en dormant… Cela fit beaucoup rire mon sauveur.

— Allons ! mon garçon, me dit-il, la cloche sonne, dépêche-toi personne ne se sera aperçu de rien, va prendre tes élèves comme à l’ordinaire ; pendant la récréation du déjeuner, je t’attendrai ici pour causer.

La mémoire me revint tout d’un coup. Je voulais le remercier ; mais positivement le bon abbé me mit à la porte.

Si l’étude me parut longue, je n’ai pas besoin de vous le dire… Les élèves n’étaient pas encore dans la cour, que déjà je frappais chez l’abbé Germane. Je le retrouvai devant son bureau, les tiroirs grands ouverts, occupé à compter des pièces d’or, qu’il alignait soigneusement par petits tas.

Au bruit que je fis en entrant, il retourna la tête, puis se remit à son travail, sans rien me dire ; quand il eut fini, il referma ses tiroirs, et me faisant signe de sa main avec un bon sourire :

— Tout ceci est pour toi, me dit-il. J’ai fait ton compte. Voici pour le voyage, voici pour le portier, voici pour le café Barbette, voici pour l’élève qui t’a prêté dix francs… J’avais mis cet argent de côté pour faire un remplaçant à Cadet ; mais Cadet ne