Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/178

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l’oreille, et me renvoya avec une tape sur la joue et d’excellentes paroles :

— Je me charge de votre affaire. Avant peu, j’aurai ce qu’il vous faut. D’ici là, venez me voir aussi souvent que vous voudrez.

Je m’en allai ravi.

Je passai deux jours sans y retourner, par discrétion. Le troisième jour seulement, je poussai jusqu’à l’hôtel de la rue Saint-GuilIaume. Un grand escogriffe bleu et or me demanda mon nom. Je répondis d’un air suffisant :

— Dites que c’est de la part du curé de Saint-Nizier.

Il revint au bout d’un moment.

— M. le duc est très occupé. Il prie monsieur de l’excuser et de vouloir bien passer un autre jour.

Tu penses si je l’excusai, ce pauvre duc !

Le lendemain, je revins à la même heure. Je trouvai le grand escogriffe bleu de la veille, perché comme un ara sur le perron. Du plus loin qu’il m’aperçut, il me dit gravement :

— M. le duc est sorti.

— Ah ! très bien ! répondis-je, je reviendrai. Dites-lui, je vous prie, que c’est la personne de la part du curé de Saint-Nizier.

Le lendemain, je reviens encore ; les jours suivants aussi, mais toujours avec le même insuccès. Une fois le duc était au bain, une autre fois à la messe, un jour au jeu de paume, un autre avec du monde. — Avec du monde ! En voilà une formule.