Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/321

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de rouge sans couvercle, des houppes à poudre de riz toutes déplumées.

Le petit Chose était là depuis un moment, en train de se désaffubler quand il entendit un machiniste qui l’appelait d’en bas : « Monsieur Daniel ! Monsieur Daniel ! » Il sortit de sa loge et, penché sur le bois humide de la rampe, demanda : « Qu’y a-t-il ? » Puis, voyant qu’on ne répondait pas, il descendit, tel qu’il était, à peine vêtu, barbouillé de blanc et de rouge, avec sa grande perruque qui lui tombait sur les yeux.

Au bas de l’escalier, il se heurta contre quelqu’un.

— Jacques ! cria-t-il en reculant.

C’était Jacques… Ils se regardèrent un moment, sans parler. À la fin, Jacques joignit les mains et murmura d’une voix douce, pleine de larmes : « Oh ! Daniel ! » Ce fut assez. Le petit Chose, remué jusqu’au fond des entrailles, regarda autour de lui comme un enfant craintif et dit tout bas, si bas que son frère put à peine l’entendre : « Emmène-moi d’ici, Jacques. »

Jacques tressaillit, et le prenant par la main, il l’entraîna dehors. Un fiacre attendait à la porte ; ils y montèrent. « Rue des Dames, aux Batignolles ! » cria la mère Jacques. « C’est mon quartier ! » répondit le cocher d’une voix joyeuse, et la voiture et la voiture s’ébranla.

… Jacques était à Paris depuis deux jours. Il arrivait de Palerme, où une lettre de Pierrette — qui lui courait après depuis trois mois, ─ l’avait