Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/329

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


d’en bas lui avait fait souffrir. Cette lettre n’était pas partie ; mais, comme on voit, elle arrivait quand même à destination. La Providence, cette fois, avait fait le service de la poste.

Jacques la lut d’un bout à l’autre. Quand il fut au passage où la lettre parlait d’un engagement à Montparnasse, proposé avec tant d’insistance, refusé avec tant de fermeté, il fit un bond de joie :

— Je sais où il est », cria-t-il ; et mettant la lettre dans sa poche, il se coucha plus tranquille ; mais, quoique brisé de fatigue, il ne dormit pas. Toujours cette maudite toux… Au premier bonjour de l’aurore, une aurore d’automne, paresseuse et froide, il se leva lestement. Son plan était fait.

Il ramassa les hardes qui restaient au fond des armoires, les mit dans sa malle, sans oublier la petite boîte à filets d’or, dit un dernier adieu à la vieille tour de Saint-Germain, et partit en laissant tout ouvert, la porte, la fenêtre, les armoires, pour que rien de leur belle vie ne restât dans ce logis que d’autres habiteraient désormais. En bas, il donna congé de la chambre, paya les loyers en retard ; puis, sans répondre aux questions insidieuses du portier, il héla une voiture qui passait et se fit conduire à l’hôtel Pilois, rue des Dames, aux Batignolles.

Cet hôtel était bien tenu par un frère du vieux Pilois, le cuisinier du marquis. On n’y logeait qu’au trimestre et des personnes recommandées. Aussi, dans le quartier, la maison jouissait-elle d’une réputation toute particulière. Habiter l’hôtel Pilois,