Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/346

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J’ai trop travaillé ces derniers temps. Maintenant que tu as une place j’en prendrai plus à mon aise, et dans huit jours je serai guéri.

Il disait cela si naturellement, d’une figure si riante, que mes tristes pressentiments s’envolèrent, et, d’un grand mois, je n’entendis plus dans mon cerveau le battement de leurs ailes noires…

Le lendemain, j’entrai à l’institution Ouly.

Malgré son étiquette si pompeuse, l’institution Ouly était une petite école pour rire, tenue par une vieille dame à repentirs, que les enfants appelaient : « bonne amie ». Il y avait là-dedans une vingtaine de petits bonshommes, mais, vous savez ! des tout petits, de ceux qui viennent à la classe avec leur goûter dans un panier, et toujours un bout de chemise qui passe. C’étaient nos élèves. Mme Ouly leur apprenait des cantiques ; moi, je les initiais aux mystères de l’alphabet. J’étais en outre chargé de surveiller les récréations, dans une cour où il y avait des poules et un coq d’Inde dont ces messieurs avaient grand-peur.

Quelquefois aussi, quand « bonne amie » avait sa goutte, c’était moi qui balayais la classe, besogne bien peu digne d’un surveillant général, et que pourtant je faisais sans dégoût, tant je me sentais heureux de pouvoir gagner ma vie… Le soir, en rentrant à l’hôtel Pilois, je trouvais le dîner servi et la mère Jacques qui m’attendait… Après dîner, quelques tours de jardin faits à grands pas, puis la veillée au coin du feu… Voilà toute notre vie… De temps en temps, on recevait une lettre de M. ou madame