Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/350

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Ce fut bien assené, je vous en réponds. La maison, le jardin, M. Pilois, le médecin, je vis tout tourner. Je fus obligé de m’appuyer contre le figuier. Il avait le poignet rude, le docteur de l’hôtel Pilois !… Du reste, il ne s’aperçut de rien et continua avec le plus grand calme, sans cesser de boutonner ses gants : « C’est un cas foudroyant de phtisie galopante… Il n’y a rien à faire, du moins rien de sérieux… D’ailleurs on m’a prévenu beaucoup trop tard, comme toujours.

— Ce n’est pas ma faute, docteur fit le bon M. Pilois qui persistait à chercher des figues avec la plus grande attention, un moyen comme un autre de cacher ses larmes, ce n’est pas ma faute. Je savais depuis longtemps qu’il était malade, ce pauvre M. Eyssette, et je lui ai souvent conseillé de faire venir quelqu’un ; mais il ne voulait jamais. Bien sûr qu’il avait peur d’effrayer son frère… C’était si uni, voyez-vous ! ces enfants-là !

Un sanglot désespéré me jaillit du fond des entrailles.

— Allons mon garçon, du courage ! me dit l’homme aux gants d’un air de bonté… Qui sait ? la science a prononcé son dernier mot, mais la nature pas encore… Je reviendrai demain matin.

Là-dessus, il fit une pirouette et s’éloigna avec un soupir de satisfaction : il venait d’en boutonner un !

Je restai encore un moment dehors, pour essuyer mes yeux et me calmer un peu ; puis, faisant appel à tout mon courage, j’entrai dans notre chambre d’un air délibéré.