Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/36

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avec effroi, et je crus voir passer sur son visage le frisson d’angoisse et de terreur qui venait de m’envahir. Ce coup de sonnette lui avait fait peur, à lui aussi.

— On sonne ! me dit-il presque à voix basse.

— Restez, père ! j’y vais. Et je m’élançai vers la porte.

Un homme était debout sur le seuil. Je l’entrevis dans l’ombre, me tendant quelque chose que j’hésitais à prendre.

— C’est une dépêche, dit-il.

— Une dépêche, grand Dieu ! pour quoi faire ?

Je la pris en frissonnant, et déjà je repoussais la porte ; mais l’homme la retint avec son pied et me dit froidement :

— Il faut signer.

Il fallait signer ! Je ne savais pas, c’était la première dépêche que je recevais.

— Qui est là, Daniel ? me cria M. Eyssette ; sa voix tremblait.

Je répondis :

— Rien c’est un pauvre… Et, faisant signe à l’homme de m’attendre, je courus à ma chambre, je trempai ma plume dans l’encre, à tâtons, puis je revins.

L’homme dit :

— Signez là.

Le petit Chose signa d’une main tremblante, à la lueur des lampes de l’escalier ; ensuite il ferma la porte et rentra, tenant la dépêche cachée sous sa blouse.