Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/369

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de monter une herboristerie rue des Lombards, avec les économies de dame. C’est pour ne pas laisser dormir ces beaux projets, que le jeune virtuose vient si souvent prendre des nouvelles.

Et mademoiselle Pierrotte ? On n’en parle pas ! Est-ce qu’elle ne serait plus dans la maison ?… Si, toujours : seulement, depuis que le malade est hors de danger, elle n’entre presque jamais dans sa chambre. Quand elle y vient, c’est en passant, pour prendre l’aveugle et la mener à table ; mais le petit Chose, jamais un mot… Ah ! qu’il est loin le temps de la rose rouge, le temps où, pour dire : « Je vous aime, » les yeux noirs s’ouvraient comme deux fleurs de velours ! Dans son lit, le malade soupire, en pensant à ces bonheurs envolés. Il voit bien qu’on ne l’aime plus, qu’on le fuit, qu’il fait horreur ; mais c’est lui qui l’a voulu. Il n’a pas le droit de se plaindre. Et pourtant, c’eût été si bon, au milieu de tant de deuils et de tristesse, d’avoir un peu d’amour pour se chauffer le cœur ! C’eût été si bon de pleurer sur une épaule amie !… « Enfin !… le mal est fait, se dit le pauvre enfant, n’y songeons plus, et trêve aux rêvasseries ! Pour moi, il ne s’agit plus d’être heureux dans la vie ; il s’agit de faire son devoir… Demain, je parlerai à Pierrotte. »

En effet, le lendemain, à l’heure où le Cévenol traverse la chambre à pas de loup pour descendre au magasin, le petit Chose, qui est là depuis l’aube à guetter derrière ses rideaux, appelle doucement.

« Monsieur Pierrotte ! Monsieur Pierrotte ! »