Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/370

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Pierrette s’approche du lit ; et alors le malade très ému, sans lever les yeux :

« Voici ce que je m’en vais sur ma guérison, mon bon monsieur Pierrotte, et j’ai besoin de causer sérieusement avec vous. Je ne veux pas vous remercier de ce que vous faites pour ma mère et pour moi… »

Vive interruption du Cévenol : « Pas un mot là-dessus, monsieur Daniel ! tout ce que je fais, je devais le faire. C’était convenu avec M. Jacques.

— Oui ! je sais, Pierrotte, je sais qu’à tout ce qu’on veut vous dire sur ce chapitre vous faites toujours la même réponse… Aussi n’est-ce pas de cela que je vais vous parler. Au contraire, si je vous appelle, c’est pour vous demander un service. Votre commis va vous quitter bientôt ; voulez-vous me prendre à sa place ? Oh ! je vous en prie, Pierrotte, écoutez-moi jusqu’au bout ; ne me dites pas non sans m’avoir écouté jusqu’au bout… Je le sais, après ma lâche conduite, je n’ai plus le droit de vivre au milieu de vous. Il y a dans la maison quelqu’un que ma présence fait souffrir, quelqu’un à qui ma vue est odieuse, et ce n’est que justice !… Mais si je m’arrange pour qu’on ne me voie jamais, si je m’engage à ne jamais monter ici, si je reste toujours au magasin, si je suis de votre maison sans en être, comme les gros chiens de basse-cour qui n’entrent jamais dans les appartements, est-ce qu’à ces conditions-là vous ne pourriez pas m’accepter ?

Pierrotte a bonne envie de prendre dans ses grosses mains la tête frisée du petit Chose et de