Page:Daudet - Le Petit Chose, 1868.djvu/373

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Daniel Eyssette aime toujours les vers, mais pas les siens et le jour où l’imprimeur, fatigué de garder chez lui les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf volumes de la Comédie pastorale, les renvoie au passage du Saumon, le malheureux ancien poëte a le courage de dire :

— Il faut brûler tout ça.

À quoi Pierrotte, plus avisé, répond :

— Brûler tout ça !… ma foi non !… J’aime bien mieux le garder au magasin. J’en trouverai l’emploi… C’est bien le cas de le dire… J’ai tout juste prochainement un envoi de coquetiers à faire à Madagascar. Il paraît que dans ce pays-là, depuis qu’on a vu la femme d’un missionnaire anglais manger des œufs à la coque, on ne veut plus manger les œufs autrement… Avec votre permission, monsieur Daniel, vos livres serviront à envelopper mes coquetiers.

Et en effet, quinze jours après, la Comédie pastorale se met en route pour le pays de l’illustre Rana-Volo. Puisse-t-elle y avoir plus de succès qu’à Paris !

… Et maintenant, lecteur, avant de clore cette histoire, je veux encore une fois t’introduire dans le salon jonquille. C’est par un après-midi de dimanche, un beau dimanche d’hiver, ─ froid sec et grand soleil. Toute la maison Lalouette rayonne. Le petit Chose est complètement guéri et vient de se lever pour la première fois. Le matin, en l’honneur de cet heureux événement, on a sacrifié à Esculape quelques douzaines d’huîtres, arrosées d’un