Page:Daveluy - L'esclave des Agniers, 1933.djvu/40

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bile, le buste penché jusqu’à terre, dans un des coins pleins d’ombres de la tente.

— Vite, mon frère, cria Kinaetenon, finissons nos paquets, armons-nous et filons. C’est le bon temps. Ma sœur va s’occuper de sa prisonnière ; les guerriers, les femmes et les enfants de la tribu sont autour des prisonniers qu’ils « caressent » ; entends-tu leurs cris ? Personne n’aura connaissance de notre départ. Mais… que fais-tu ?

— Kiné, restons ici.

— Hein !

— Oui. Je préfère ne pas m’éloigner.

— Je ne te comprends plus. Tu veux maintenant être témoin des supplices qu’on infligera aux ennemis ? Y prendras-tu donc part si on t’y contraint ? Je ne pourrai rien pour toi, alors… D’ailleurs, tu sais, je ne vois pas les choses comme toi. Ces tortures que tu as en horreur nous apprennent à nous qu’on doit avoir en horreur surtout la guerre qui les cause. Puis, c’est chacun son tour. Les Hurons nous brûlent tout aussi cruellement que nous les brûlons, lorsque nous sommes leurs prisonniers.

— Plus maintenant, Kiné, plus maintenant. Les Pères leur font comprendre toute la barbarie de leur conduite. Ils s’amendent bien, va, là-dessus.