Page:Daveluy - L'esclave des Agniers, 1933.djvu/41

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— Bah ! je ne m’y fierais pas trop. Il y a si longtemps que nous agissons ainsi chez nous et les vieux sagamos savent si bien nous faire honte de notre lâcheté lorsque nous voulons vous écouter là-dessus.

— Kiné, fais-moi plaisir, ne partons plus, restons ici. Couchons-nous un peu. Ne parle plus, surtout.

— Ah ! ah ! ah ! nous coucher… Dans une heure, toute la tribu sera encore sur pied pour aider à brûler les prisonniers. Il nous faudra y être nous aussi. »

Charlot tressaillit. Il savait si bien ce qui l’attendait, à combien de subterfuges, de ruses sans fin il lui faudrait avoir recours pour avoir l’air seulement de torturer les pauvres victimes… Mais, et il ne comprenait pas bien pourquoi, comme la pitié pour une petite Algonquine le tenait. Elle était si belle et blanche comme les beaux lis des champs, et fière, droite, impassible sous les coups ! Quel courage ! Ah ! sa pitié, ô surprise, le dominait à un tel point que vraiment rien d’autre ne parvenait plus à affaiblir, à vaincre ce sentiment.

Mais il fallait cacher cela à Kinaetenon… Il n’y comprendrait pas grand chose, sans doute, ou bien il éclaterait en blâmes, même en injures, à cause de la haine qu’il portait aux Algonquins tout particulièrement. Son père n’avait-il pas été tué à la guerre de la main d’un