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LAURIER ET SON TEMPS

sion à Régina pour faire l’examen de Riel, ce n’était pas avec mission de déterminer si la sentence devait être exécutée ou commuée, mais simplement pour jeter de la poudre aux yeux du public, afin de permettre au gouvernement de dire : Nous avons consulté des spécialistes, et ils ont fait un rapport de sanité d’esprit. Mais, monsieur l’Orateur, il est prouvé qu’au moment même où cette commission siégeait à Régina, pendant que le docteur Lavell et le docteur Valade faisaient subir un examen à Riel, le 6, le 7 et le 8 novembre, pour s’assurer s’il était sain d’esprit ou non, en ce moment même le gouvernement avait décrété inexorablement la mort de Riel. Voilà qui restera à la honte du gouvernement, peut-être plus que tout le reste, parce qu’en ce moment-là même, il jouait tout simplement la comédie. Ce n’était pas la justice qui l’inspirait ; il voulait simplement aveugler, tromper le public.

« Je sais, monsieur, que l’arrêt de l’Exécutif contenant la décision finale a été signé le 22 novembre ; mais plusieurs jours avant cette date, le gouvernement avait formé son jugement. C’est vers cette date que le ministre de la Milice fit un voyage au Nord-Ouest. Il arrivait à Winnipeg, le 7 ou le 8 novembre, de sorte qu’il avait dû quitter Ottawa vers le 3 ou le 4, ou même le 2 novembre. Or, avant même le départ de l’honorable ministre d’Ottawa pour Winnipeg, le sort de Riel était irrévocablement décidé par les conseillers de Son Excellence. Nous en avons la preuve dans l’aveu du premier ministre lui-même. Voici une lettre écrite par lui au ministre de la Milice :

« Mon cher Caron,

« Vous vous plaignez d’être accusé d’avoir quitté Ottawa avant que l’Exécutif eût pris une décision à l’égard de Louis Riel, et cela pour déserter votre poste afin de ne pas participer à cette décision.

« Cela est tout à fait faux ; puisque avant même votre départ pour Winnipeg, nous en étions arrivés à la conclu-