Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/143

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les patriotes

communiqué leurs projets, et nos trois guerriers s’occupèrent immédiatement de mettre à exécution le dessein qui les amenait à Saint-Charles.

Un patriote tenant par la bride un magnifique cheval, s’approcha de Brown et lui dit, en le saluant respectueusement :

— Général, les patriotes vous prient de vous rendre au camp.

Il s’y rendit aussitôt.

On accourut de tous côtés pour voir le nouveau général. On le trouva un peu maigre et décharné, d’apparence chétive, mais comme on avait appris la cause de ses souffrances, on n’en eut que plus de sympathie pour lui. Le fait est que ce pauvre général, à la tête meurtrie, aux mâchoires à demi-brisées et au corps disloqué, faisait pitié à voir ; il pouvait à peine parler et marcher. Être debout nuit et jour pour recevoir les patriotes qui arrivaient de tous côtés, leur trouver des vivres et des armes, les discipliner et les diriger dans les travaux de défense et de fortification, c’était une terrible tâche pour un homme malade, pour un général qui n’avait jamais été soldat.

Il se mit à l’œuvre cependant, et se montra digne de la confiance qu’on avait en lui par son zèle et son activité. Il put ainsi se rendre, à force d’énergie et grâce à une surexcitation nerveuse, jusqu’à cette fatale journée du 25 novembre. Rien d’étonnant que les forces lui aient manqué, que ses pensées se soient troublées dans l’état de corps et d’esprit où il était.

Avant la fin de la bataille, Brown était sur le chemin de Saint-Denis où il fut mal reçu.

— Pourquoi n’êtes-vous pas à Saint-Charles ? lui dit Wolfred Nelson en l’apercevant.

Les Canadiens étaient exaspérés ; et sans l’intervention du Dr Nelson, F.-X. Hubert, frère de M. le protonotaire Hubert, l’aurait tué probablement. Quand on