Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/259

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les patriotes

ter, race maudite, ton règne est passé ! Puis quand ils se réveilleront mes bons Canadiens, tu seras avec eux, baron, tu les aideras, et moi je te bénirai, toi et tous ceux qui feront comme toi.

« Et toi, France, tes généreux enfants n’ont-ils pas encore compris qu’ils ont ici des frères ? Rappelle toute ta haine si bien méritée contre les anglais, s’ils le pouvaient eux, ils ne t’épargneraient pas !

« Adieu ! cher baron, adieu ! mon digne ami, pour toi je ne meurs pas tout entier, je vivrai dans ton cœur, comme dans celui de tant de généreux amis. Non, non, la mort n’a rien d’affreux, quand elle laisse derrière elle de longs et glorieux souvenirs. Mon corps aux bourreaux, mais mes pensées et mon cœur appartiennent à ma famille et à mes amis…

« Sois homme et n’oublie jamais un de tes bons et vrais camarades.

« Chs Hindelang. »


Hindelang était occupé à écrire une copie du discours qu’il voulait prononcer sur l’échafaud, quand on entra dans sa cellule, vers huit heures du matin, pour lui demander s’il était prêt.

— Oui, répondit-il, je suis prêt, accomplissez votre œuvre infâme.

Il était agité, nerveux. Il le fut encore davantage, quand le bourreau lui lia les mains. Lorsqu’il sortit de sa cellule, il aperçut le noble, le généreux de Lorimier qui lui cria :

— Courage, mon ami, ce sera bientôt fini.

Hindelang, reprenant son sang-froid, répondit.

— La mort n’est rien pour un Français.

Les prisonniers étaient accourus dire adieu à leurs malheureux amis. Quel spectacle déchirant ! On arracha les condamnés aux embrassements, aux étreintes désespérées de leurs compagnons, et on leur donna