Page:David - Les Patriotes de 1837-1838, 1884.djvu/96

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les patriotes

une cabane où ils s’étaient cachés, par M. Girouard, le Dr Masson, M. Damien Masson, etc.

M. Dumouchel supporta patiemment les ennuis et les privations de la prison. Il se mit de grâce au régime du pain et de l’eau et encouragea ses compagnons à en faire autant.

Lorsque le colonel Simpson fut envoyé par lord Durham auprès des prisonniers pour leur annoncer que, si quelques-uns d’entre eux consentaient à signer un document par lequel ils se reconnaissaient coupables de haute trahison, tous les autres prisonniers seraient amnistiés, M. Dumouchel se montra disposé à signer ce document. Cette nouvelle preuve de dévouement et de générosité émut profondément les autres prisonniers. Le Dr Masson ne se montra pas moins généreux ; il empêcha M. Dumouchel de signer en lui disant :

— Vous êtes père de famille, déjà vieux, ne vous sacrifiez pas. Pour moi, je suis jeune, que lord Durham fasse de moi ce qu’il voudra. Peu m’importe, j’aurai du moins sauvé le reste de mes compatriotes de l’exil et de l’échafaud.

M. Dumouchel ayant été mis en liberté, retourna à Saint-Benoît au milieu de parents et d’amis nombreux qui manifestèrent de mille manières touchantes le bonheur qu’ils avaient de le revoir.

Inutile de peindre les scènes émouvantes qui se passaient dans les familles, quand, après des mois d’angoisses, après avoir entendu dire mille fois que tous les prisonniers devaient être fusillés ou envoyés à l’échafaud, on voyait reparaître un mari, un père ou un frère chéri.

Mais les joies du retour n’empêchèrent pas le chagrin d’entrer dans l’âme de M. Dumouchel, quand il contempla les ruines de ses propriétés et calcula l’étendue des pertes qu’il avait subies. Il se remit au travail ; mais, affaibli par les privations et les ennuis de la