Page:De Banville - Odes Funambulesques.djvu/91

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Versailles, reine encore, a chanté son églogue ;
Là, parmi les détours d’un charmant dialogue,
Angélique et Renaud, Cybèle avec Atys
Ont cueilli la pervenche et le myosotis,
Et la Muse a suivi d’un long regard humide
Les amours d’Amadis et les amours d’Armide.
Là, Gluck avec Quinault, Quinault avec Lulli
Ont chanté leurs beaux airs pour un siècle poli :
Là, Rossini, vainqueur des lyres constellées,
Fit tonner les clairons de ses grandes mêlées,
Et fit naître à sa voix ces immortels d’hier,
Ces vieux maîtres : Auber, Halévy, Meyerbeer.
   C’est là qu’Esméralda, la danseuse bohème,
Par la voix de Falcon nous a dit son poëme,
Et que chantait aussi le cygne abandonné
Dont le suprême chant ne nous fut pas donné.
Ici Taglioni, la fille des sylphides,
A fait trembler son aile au bord des eaux perfides,
Puis la Danse fantasque auprès des mêmes flots
A fait carillonner ses grappes de grelots.
O féerie et musique ! ô nappes embaumées
Qu’argentent les wilis et les pâles almées !
O temple ! clair séjour que Phébus même élut,
Parnasse ! palais d’or ! grand Opéra, salut !