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LA CROIX


À M. et Mme S. M.


Lundi 11 octobre 19…

Ce matin, grand vent…

L’ouragan siffle par les rues désertes. Il fait grincer les vieilles enseignes. Il va, rapide, ferme les portes, ouvre les volets fermés… Et toujours ce long cri d’angoisse de la bise qui passe, tourbillonne, monte, puis arrache une tuile au toit rouge. Une pluie fine me fouette le visage, me glace. J’entends sonner mon pas aux dalles du trottoir et ce bruit répété en un lointain écho me fait peur en sa solitude. Le ciel gris m’inquiète et je songe aux marins qui vont partir…

Enfin, voici le petit port de pêche ! Une plaintive houle l’envahit et clapote à mes pieds. Les pêcheurs réunis interrogent les eaux. Je m’approche de leur groupe… leurs rudes faces ont ce matin je ne sais quoi d’hésitant et d’inquiet.