Page:De Broyer - Feuillets épars, contes, 1917.djvu/22

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Un beau soir, Hans vint au lieu de rendez-vous tout joyeux.

— Sauvés !… Sauvés !… s’écria-t-il, et il exhiba un journal.

Mais elle ne savait pas lire. Il lui expliqua qu’un armateur d’Ostende demandait des matelots pour partir dans les îles de l’Amérique du Sud chercher du guano. Le matelot serait très bien payé et aurait un pour cent dans la vente. Avec cet argent, il y aurait moyen d’acheter deux barques.

— Eh bien, Netke, comprends-tu ?… Je pars, je reviens, nous nous marions !

— Le voyage dure-t-il longtemps ?

— Mais, avec le chargement, cinq ou six mois !

— Oh ! que c’est long ! Mais, puisque le hasard nous envoie cette espérance, profitons-en ! Et dès demain pars à Ostende pour t’inscrire !


* * *


Le trois-mâts partit et les jours passèrent. Des jours et des jours firent des mois. Des mois et des mois firent des ans. Le père et la mère de Netke moururent. Elle resta orpheline, sans défense. On la vola, elle devint pauvre.

Cinq longues années elle attendit. Puis, comme on n’avait plus de nouvelles du voilier, elle fut comme une idiote, sans une parole, sans larmes.

Tous les jours, elle alla fixer ses yeux sur l’horizon…

Elle vécut et, à présent, rien n’a changé en elle. Elle attend toujours Hans, qui ne revient pas…

Le père se tut, le vent siffla. La mer sembla rire : « Attendre soixante-cinq ans ! »