Page:De Broyer - Feuillets épars, contes, 1917.djvu/23

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CONTE « À MA GRANDE »


Approche, mon amie, approche-toi !

Le jour se meurt dans une apothéose glorieuse de flammes et d’ors illuminés. Trois nuages roses chevauchent dans l’immensité des cieux embrasés. Regarde : par delà la colline mauve où s’éveillent de lointains clochers, l’horizon s’estompe de brouillard. Là commence le pays des rêves, loin de la vie cruelle, loin des rues mornes et assombries.

L’heure est douce, laisse ton cœur s’ouvrir à ce charme. Appuie ta tête lourde de cheveux châtains sur mon épaule. Écoute ! Je vais te dire le conte du pauvre hère et de la belle Marjolaine.


Il y avait une fois dans une grande ville un pauvre diable de poète qui mendiait son pain. Il s’appelait Amaury comme beaucoup de troubadours et n’avait jamais eu de famille comme beaucoup de vagabonds. L’été, il vivait content parce qu’il fuyait les hommes. Il chantait ses vers