Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/157

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après m’avoir sondé par quelques paroles brèves, il desserra les dents et finit par se livrer peu à peu. Jérôme paraissait robuste il accusait soixante ans, mais quelle âme jeune dans ce vieux corps, quelle vie dans sa concise admiration pour la nature, quelle honnêteté, quelle belle franchise, quelle force ! Il me faisait à première vue penser à quelques vraiment bonnes gens comme il y en a un peu partout ; il avait le sens droit, l’esprit profond et mordant seulement pour la vanité. Il avait au cœur cette belle poésie qui n’est que le sens du vrai et de l’honnête. Plus tard je vis qu’il tenait beaucoup de l’allemand par la tendance fantastique de son esprit : s’animait-il, les idées devenaient pour lui des êtres bizarres jouant leurs rôles dans un drame étrange : peut-être était-ce là ce que les paysans prenaient pour de la folie.

Il avait assez de bien pour vivre à ne rien faire, et cependant il travaillait aux champs, peignait, étudiait, s’instruisait tous les jours.

Arrivés près de l’Espinette :

« Avez-vous faim ou soif, me dit Jérôme ?

— L’un et l’autre, répondis-je.

— Entrez donc chez moi. »

Nous nous trouvions justement devant une grande