Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/19

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Hermann offrit à Isaac un verre de claar : Isaac accepta.

La conversation s’animait, Anna était gaie, très-rouge et parlait avec une volubilité inaccoutumée : Isaac vit qu’il ne lui déplaisait point : puis une sombre réflexion lui traversant l’esprit, il s’interrompit au milieu d’une phrase galante pour demander à Hermann s’il était vrai qu’un matelot fût un jour sorti de chez lui par la fenêtre ? Hermann et Anna répondirent : oui, en souriant ; Isaac eut le frisson en voyant ces sourires. Quand il les quitta, Braf le reconduisit malgré lui jusqu’à la porte.


VII.


La grande beauté d’Anna ne manqua point d’agir sur son inflammable cerveau : Hermann tenait une petite boutique de liqueurs et d’épiceries ; Isaac avait ainsi ses plus franches coudées pour voir la jeune fille. Il pouvait lui parler deux fois, trois fois par jour, soit devant son père, soit quand elle était seule ; certes en ce dernier cas, il eut été maintes fois entreprenant, mais Braf s’obstinait à ne pas sortir de la chambre. Il semblait s’être fait le gardien de l’honneur de la jeune fille, car chaque fois qu’il faisait