Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/20

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mine de lui prendre seulement la main, Braf grondait et paraissait prêt à lui sauter à la gorge. Isaac avait plusieurs fois supplié Anna de mettre à l’attache cet ami incommode, jamais elle ne prétendit le faire.

Deux mois s’écoulèrent : Anna aimait Isaac, Isaac aimait Anna ; mais à sa manière : depuis longtemps déjà, il lui était impossible de s’écarter de la maison où elle habitait ; quand il n’y pouvait entrer il tournait autour. Cet humble foyer, ce calme intérieur où régnait, comme la fée de la jeunesse, la lumineuse beauté de la jeune fille, étaient pour lui ce qu’est le pôle pour l’aiguille aimantée. Ses pensées et ses rêves dont chaque heure augmentait la poignante effervescence lui représentaient sans cesse le clair regard des yeux bruns de l’aimée, la grâce de sa démarche et tous ces doux trésors de beauté auxquels la virginité ajoutait un prix inestimable ; mais il aimait Anna pour lui, non pour elle ; il résolut donc d’en faire sa maîtresse. Un beau jour, il apprit qu’Hermann devait se rendre le lendemain avec Braf à Middelburg, à trois lieues de Domburg, pour y rencontrer un M. Verhaegen de Goës et lui vendre la récolte sur pied d’un champ de garance. L’occasion était belle, Anna devait être seule toute la journée, c’était ou jamais le moment d’agir. Le vendredi matin, donc, Isaac mit ses plus beaux habits, se para de ses plus riches bijoux, entra chez Her-