Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/213

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Ser Huygs dit : N’ai-je plus ici que l’ombre de ma mie ?

— Ha, dit-elle riant, car elle était joyeuse de le voir et dans sa main serrait les siennes, ce ne sont point là des mains d’ombre, et ces lèvres de femme fidèle qui touchent ton visage barbu ne sont point des lèvres d’ombre ; puis, ouvrant son escarcelle, ces deux peters d’or que j’y prends pour payer la cervoise qui viendra demain, ne sont point pris par une main d’ombre et ce ne sera point une ombre qui en boira demain avec toi, mon homme.

— Je le sais, dit-il, mais cela ne doit point t’empêcher de me dire ce qui te faisait tantôt si songeuse ?

— Rien, dit-elle.

— Ha, dit-il, Johanna tu tombes dans le péché de mensonge.

Johanna sourit, sachant que si l’on devait arracher à chaque femme, un cheveu pour chaque mensonge qu’elles ont fait depuis qu’elles sont nées, on n’en verrait plus que des chauves au monde, ce qui serait grand dommage.

— Pourquoi ris-tu ? demanda Ser Huygs.

— Parce que, je suis aise de te voir. — Pourquoi méchant jaloux, vois-je si souvent, se froncer tes fauves sourcils ? T’ai-je donné quelque motif de mauvaise humeur ? Pourquoi te plaire à te tourmenter ainsi toi-même sans