Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/219

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l’aise. Il était brun comme une écale de noix, aussi grand que Ser Huygs, mais plus mince. Ses yeux noirs fort grands jetaient partout des regards durs, sa bouche n’avait point de sourire, ni non plus de colère. Il semblait, après trois ans passés, venir pour l’accomplissement d’un vœu, tirer de Ser Huygs et de Johanna quelque sauvage et froide vengeance.

Johanna étouffait dans son tablier, ses cris de peur et les sanglots qui sortaient malgré elle de sa poitrine. Ser Huygs, dont le remords avait tant de fois rongé le cœur, quand il pensait à Mahom tombant frappé à mort, sur le sable, Ser Huygs le voyant vivant fut joyeux tout soudain, et frappant fortement ses deux mains l’une contre l’autre :

— Te voilà donc ressuscité, moricaud, dit-il. Noël à Dieu ! que veux-tu de nous ?

Mahom s’avança vers lui et dit en se frappant la poitrine :

— Deux coups. Blessures pour blessures.

Cependant le Tousseux était monté à la chambre de Roosje, et lui avait dit : « Demoiselle mignonne, daignez descendre et voir ce qui se passe en bas : un homme à l’air farouche est entré chez le baes, et madame Johanna pleure et crie. »