Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/224

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— Monsieur le Maure, dit-elle, s’il est vrai que vous soyez de ces malheureux auxquels est réservé le feu éternel, monsieur, moi pauvre fillette brabançonne, je vous veux sauver… Je suis issue de nobles hommes et de gentilles femmes, et si vous voulez demeurer en notre pays, vous instruire en la foi chrétienne et abjurer l’erreur mauresque, je vous donnerai peut-être ce dont vous sembliez me prier instamment ce matin sur le chemin de l’église.

— Roosje, demanda Ser Huygs, que signifie ceci ?

— Je veux dire, répondit-elle humblement, que je me sens comme morte à l’idée d’un combat entre toi et cet homme de Mauritanie. Je dirai aussi, comme fille honnête et n’ayant rien à cacher, que j’ai vu ce matin celui qui est ici et que mon cœur a tiré à lui et que lui aussi me disait des yeux qu’il avait pour moi bonne affection. El c’est pour moi, mon seigneur frère, c’est pour moi, c’est pour l’amour que je le porte et l’affection que j’eus un moment pour lui, que je vous demande à tous deux qu’il n’y ait point ici de sang versé, m’offrant, au demeurant, à lui comme épouse aux conditions que j’ai dites.

Ser Huygs aimait de grande affection sa sœur Roosje. Ahuri, il ne savait que croire ni que faire, tandis que Johanna pleurant à voix basse, disait :