Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/229

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dit coiment, mais en maniant sa hampe avec plus de force et d’agilité : Appris-tu jamais, bel ami safrané, le grand art de la danse ? On le dirait toutefois à ton allègre façon de voltiger. Nul n’est meilleur maître qu’un bon coudrier. Si nous étions à la Porte-Bleue, à ce bel endroit où la Senne est si large, je te ferais coudrièrement sauter comme une hirondelle par-dessus. Monterais-tu bien sur la tour de Saint-Michel-et-Gudule, avec tes jambes de chat. Danse mon ami, saute mon orangé compagnon. Tu aimes bien le coudrier n’est-ce pas ? Je le vois à la façon joyeuse dont tu reçois ses caresses. Car, il n’est plus grand signe de joie que la danse et tu danses comme un lépreux qui viendrait d’hériter du Coudenberg, lequel est comme tu sais, le palais de nos princes.

— Allah ! disait le pauvre Mahom bien enragé, cœur pour cœur, blessure pour blessure. Mort de Chrétien plaît au prophète. Femme et sœur de Chrétien, servantes en mon harem.

Et ce disant il atteignit de son yatagan Ser Huygs à la poitrine, mais il lui coupa seulement l’habit et quelques lambeaux de chair.

Le Tousseux se tenait derrière le battant de la porte, maugréant toujours et se disant : » Si ce traître Maure voulait seulement un seul moment ne point bouger, comme