Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/231

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mon homme. — Courage frère, nous venons bien accompagnées. » Mais quand, suivies de la foule des soldats et des femmes, elles eurent monté les degrés et virent le Maure étendu sur le plancher et Ser Huygs saignant et triste dans sa victoire, elles l’embrassèrent toutes deux avec une grande effusion d’amour en lui disant :

— Où souffres-tu frère ? — Où as-tu mal mon homme ? Est-ce là cette vilaine plaie qui fait couler tant de sang ? Vite du baume. Et de l’eau tiède. Et encore un coup ici. Et ailleurs sans doute ? Dis ; n’as-tu point d’autre mal que tu caches, il faut nous le dire et te mettre au lit bien vite, et bien reposer ton pauvre corps fatigué. Vite que nous t’y menions.

— Mignonnes, répondit Ser Huygs, merci à vous, mais ce n’est point pour un chétif morceau que ce Maure a taillé dans mon cuir, que je me vais mettre entre deux draps. Il est trop tôt et j’ai affaire demain. Et puis femmes, ce n’est pas à moi qu’il faut penser, mais à ce cadavre qui est là gisant. Je ne pouvais toutefois, ajoula-t-il avec grande tristesse, vous laisser toutes deux exposées à ses injures ni ne point défendre ma vie qui n’est pas à moi seul.

Ce qu’ayant entendu Johanna et Roosje, elles se penchèrent sur Mahom, afin de voir s’il respirait encore.