Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/244

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me navre ; je ne suis plus le même, et je ferai pour toi ce que jamais, hélas ! je n’eusse fait pour moi. »

Le prince, après deux ans, songeait au mariage. Il aimait ardemment, mais était-il bien sage d’avoir publiquement deux femmes à la fois ?… n’était-ce pas un peu fouler aux pieds les lois ? Il eut beau réfléchir, il aimait les deux dames : pour elles, il croyait avoir deux cœurs, deux âmes et vivre doublement. On dit qu’il se trompait ; mais peut-on se tromper, aimant comme il aimait ? Il fit chercher les lois touchant la bigamie, réveilla sur ses bancs toute l’académie fort surprise du fait ; enfin il arriva que, dans un coin d’archivé, un décret se trouva qui permettait d’avoir deux épouses ensemble, mais pas plus cependant, « attendu qu’il me semble, disait l’auteur dudit décret, que c’est assez. » Le prince vit ainsi tous ses vœux exaucés : il épousa la sage, il épousa la folle, et n’aurait pas donné la moitié d’une obole, tant il était heureux, pour être roi des rois, ou sultan du soleil ; il observa les lois, fit bien de temps en temps quelque bonne sottise, mais ce n’était jamais alors que par surprise.

S’il fallait à ce conte un sens mystérieux, on pourrait y trouver ceci, faute de mieux : l’Imagination, c’est la duchesse blonde, la folle du logis et la folle du monde.