Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/245

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Pourquoi ne pas l’aimer ? les fous ont tant d’esprit ; elle est si belle, elle est si bonne, elle est si gaie, montre si blanches dents, l’enfant, quand elle rit ; elle est si ravissante, alors qu’elle s’effraie le soir d’un rien, d’un arbre, d’un poteau ou de quelque follet qui se mire dans l’eau. Peut-on ne pas l’aimer, même quand elle pleure sur ses chagrins si gros, si grands, que tout à l’heure elle ne saura pas plus ce qu’elle en a fait que du myosotis cueilli dans la forêt ? Peut-on ne pas l’aimer quand, charmante conteuse, pour vous sauver d’ennui, quand vous êtes tout seul, la folle voudra vous faire une peur affreuse ? « Un vieux mort parcourait les champs dans son linceul et pleurait ses péchés de ses yeux sans prunelle, ils pleureront ainsi toute l’éternité, des os ! des os ! » dit-elle avec naïveté ; puis, pâle d’en avoir tant dit, elle frissonne : mais tenez ! la voici bien loin. « Clairon qui sonne, fers cliquetants, soldats jurant, tambour qui bat, du sang, du feu, des cris, la mort, c’est le combat ; que de deuils ! le soleil s’en est voilé la face… » Croyez-vous qu’elle va rester à cette place, si longtemps ? allons-donc ! « Voici deux vieilles gens, assis au coin du feu, comme deux vieux amants, ils vont vous raconter une histoire bien claire, avec tant de soleil, tant d’air, tant de lumière, tant de fleurs, de parfums et de bois et de prés, de taillis, de vergers, d’espaliers empourprés,