Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/45

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



XVII.


Madame de Wildenstein.
Madame,

Je vous ai vue un jour, j’ai besoin de vous écrire. Peut-être un moment viendra où vous me permettrez de vous parler. Avant tout je veux me montrer à vous tel que je suis :

La nature est pour moi une religion, le soleil un ami, la vie un devoir. Il est un Dieu, que j’adore sans le craindre, c’est le machiniste mystérieux de ce spectacle de marionnettes qu’on appelle l’univers. Quand une marionnette ne peut plus faire de service, il la casse et la remplace par une autre. Les hommes sont bien petits dans ce vaste monde, c’est probablement pour cela qu’ils y errent comme des fauves dans un désert et s’y entretuent pour se disputer un chétif emploi, un bout de ruban, un maigre morceau de terrain. Vanité, ambition, orgueil, tristes chimères qu’ils poursuivent : il n’y a pour moi qu’une vérité en trois mots, justice, bonté, amour. Madame, je vous aime. Nul bonheur