Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/55

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Puis c’étaient des douleurs sans nom, des larmes avalées, des colères sans motif, le désir du bonheur se réveillant tout à coup. Malheur à qui vit seul. Alors je cherchais inquiet, un vague idéal, qui ne se présentait jamais à mes regards, puis l’apathie revenait, je travaillais, je pensais, je venais en aide à ceux qui souffrent, je luttais pour une grande cause, mais rien ne me récompensait, ni l’estime des hommes, ni la reconnaissance de ceux dont j’avais fait le bonheur, et toujours il me manquait quelque chose : Quoi ? — Elle ; vous !

Je vous cherchai et ne vous trouvai point, car vous n’étiez ni celle-ci, ni celle-là, ni cette bourgeoise, ni cette duchesse ; puis tout à coup un beau matin je vaguais par la ville, j’avais tout oublié jusqu’à mes désirs : je vous vis et vous aimai.

Alors mon esprit s’éveilla comme en sursaut. Je vivais enfin : je pensai à Dieu, à l’âme, à toutes les choses sublimes, au dévouement, à l’héroïsme… Puis… j’eus soif de vous.

Ottevaere.

Non, mille fois non, dit Anna en jetant cette lettre au feu. Puis elle prit sa bible, lut le saint livre et pleura.