Page:De Coster - Contes brabançons, 1861.djvu/65

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XXV.


Ottevaere à Anna.

Madame, j’ai rêvé : C’était en carnaval, j’entrai dans une grande chambre. Une femme était couchée sur un lit. Cette femme, c’était vous. Je ne voyais pas votre corps sous le drap qui le couvrait, mais seulement votre beau visage. Votre bras pendait hors du lit. Je voulus vous couvrir ; il me semblait que vous aviez froid ; je pris votre bras, il était de plomb ; je touchai votre visage, il était de glace ; votre corps, il avait la rigidité du cadavre : Morte de douleur, dit une voix près de moi. Je me mis à genoux et je priai en tenant votre main dans les miennes. Soudain, je vous vis vous lever ; votre main que je tenais m’attira contre vous. Je me sentis mourir et devenir comme vous froid et rigide ; le lit alors, la chambre, les murs, tout disparut, nous tombâmes. L’abîme était sous nos pieds, à nos côtés, sur nos têtes, partout. La lumière qui nous entourait n’était pas de ce monde, c’était des nuages gris et lumineux que nous traversions toujours sans savoir où