Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/516

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Et sa mâchoire déchirée
Frémit pantelante.
Il eſt parti le duc de sang :
Tintez, verres & bouteilles. Vive le Gueux !

Il voudrait se mordre lui-même.
Les bâtons briſèrent ses dents.
Penchant sa tête maflue,
Il penſe aux jours de meurtre & d’appétit.
Il eſt parti le duc de sang :
Donc battez le tambour de gloire,
Donc battez le tambour de guerre !
Vive le Gueux !

Il crie au diable : « Je te vends
Mon âme de chien pour une heure de force. »
« Ce m’eſt tout un de ton âme,
Dit le diable, ou d’un hareng »
Les dents ne se retrouvent point.
Il fallait fuir les durs morceaux.
Il eſt parti le duc de sang ;
Vive le Gueux !

Les petits chiens des rues, torſes, borgnes, galeux,
Qui vivent ou crèvent sur les monceaux,
Lèvent la patte tour à tour
Sur celui qui tua par amour du meurtre…
Vive le Gueux !

« Il n’aima point de femmes ni d’amis,
Ni gaieté, ni soleil, ni son maître,
Rien que la Mort, sa fiancée,
Qui lui caſſe les pattes,
Par préludes de fiançailles ;
N’aimant pas les hommes entiers.
Battez le tambour de joie,
Vive le Gueux ! »

Et les petits chiens de rues, torſes,
Boiteux, galeux & borgnes,
Lèvent de nouveau la patte
D’une façon chaude & salée,
Et avec eux levriers & moloſſes,
Chiens de Hongrie, de Brabant,
De Namur & de Luxembourg.
Vive le Gueux !