Page:De Coster - La Légende d’Ulenspiegel, 1869.djvu/523

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du préſident du conſeil des Flandres ; du magiſtrat de Bruges, du magiſtrat de Malines, gardant leurs villes pour Don Juan ; de Meſſieurs de la Chambre des comptes de Gueldre, fermée pour cauſe de trahiſon ; de ceux du conſeil de Brabant, de la chancellerie du duché ; du conſeil privé & des finances ; des grand bailli & bourgmeſtre de Menin ; & des méchants voiſins de l’Artois, qui laiſſèrent paſſer sans encombre deux mille Français en marche pour le pillage.

— Las ! s’entrediſaient les bourgeois, voici que le duc d’Anjou a le pied en nos pays : il veut être roi chez nous ; le vîtes-vous entrer à Mons, petit, ayant de groſſes hanches, le nez gros, la trogne jaune, la bouche gouailleuſe ? C’eſt un grand prince, aimant les amours extraordinaires ; on l’appelle, pour qu’il y ait en son nom grâce féminine & force virile, Monſeigneur Monſieur Sa Grande Alteſſe d’Anjou.

Ulenſpiegel était songeur. Et il chanta :

Le ciel eſt bleu, le soleil clair ;
Couvrez de crêpe les bannières,
De crêpe les poignées des épées ;
Cachez les bijoux ;
Retournez les miroirs ;
Je chante la chanſon de Mort,
La chanſon des traîtres.

Ils ont mis le pied sur le ventre
Et sur la gorge des fiers pays
De Brabant, Flandre, Hainaut,
Anvers, Artois, Luxembourg.
Nobleſſe & clergé sont traîtres ;
L’appât des récompenſes les mène.
Je chante la chanſon des traîtres.

Quand partout l’ennemi pille,
Que l’Eſpagnol entre en Anvers,
Abbés, prélats & chefs d’armée
S’en vont par les rues de la ville,
Vêtus de soie, chamarrés d’or,
La trogne luiſante de bon vin,
Montrant ainſi leur infamie.

Et par eux, l’Inquiſition
Se réveillera en grand triomphe,