Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/25

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Viens dans ma chambre ; j’ai reçu de mon père une lettre qui te concerne.

— Qui me concerne, moi, dit l’autre tout étonné.

— D’où vient ton étonnement ? repartit d’Haberville ; crois-tu que tu n’es pas un personnage assez important pour qu’on s’occupe de toi ? On ne parle que du bel Écossais dans toute la Nouvelle-France. Les mères, craignant que tu mettes bien, vite, en feu les cœurs de leurs jeunes filles, — soit dit sans calembourg, — se proposent, dit-on, de présenter une requête au supérieur du collége pour que tu ne sortes dans les rues que couvert d’un voile, comme les femmes de l’Orient.

— Trêves de folies, et laisse-moi continuer ma lecture.

— Mais je suis très-sérieux, dit Jules. Et entraînant son ami, il lui communiqua un passage d’une lettre de son père, le capitaine d’Haberville, ainsi conçu :

« Ce que tu m’écris de ton jeune ami, M. de Locheill, m’intéresse vivement. C’est avec le plus grand plaisir que j’octroie ta demande. Présente-lui mes civilités et prie-le de venir passer chez moi, non seulement les vacances prochaines, mais toutes les autres, pendant le séjour qu’il fera au collége. Si cette invitation, sans cérémonie, d’un homme de mon âge, n’est pas suffisante, je lui écrirai plus formellement. Son père repose sur un champ de bataille glorieusement disputé : honneur à la tombe du vaillant soldat. Tous les guerriers sont frères ; leurs enfants doivent l’être aussi. Qu’il vienne sous mon toit, et nous le recevrons tous à bras ouverts, comme l’enfant de la maison. »