Page:De Gaspé - Les anciens canadiens, 1863.djvu/79

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s’était ravivée de nouveau en voyant le bond surhumain que fit de Locheill s’élançant de la cime du rocher. Celui-ci avait à peine en effet atteint la glace où il se cramponnait d’une seule main, pour dégager de l’autre le rouleau de corde qui l’enlaçait, que Dumais, lâchant le cèdre protecteur, prit un tel élan sur sa jambe unique qu’il vint tomber dans les bras d’Arché.

Le torrent impétueux envahit aussitôt l’extrémité de la glace, qui, surchargée d’un double poids, se cabra comme un cheval fougueux. Et cette masse lourde, que les flots poussaient avec une force irrésistible, retombant sur le vieux cèdre, le vétéran, après une résistance inutile, s’engouffra dans l’abîme, entraînant dans sa chute une portion du domaine sur lequel il avait régné en souverain pendant des siècles.

Ce fut alors une immense clameur sur les deux rives de la Rivière-du-Sud ; acclamation triomphante des spectateurs les plus éloignés et cri déchirant d’angoisse sur la rive la plus rapprochée du théâtre où s’était joué ce drame de vie et de mort. En effet tout avait disparu comme si la baguette d’un enchanteur puissant eût frappé la scène et les acteurs qui avaient inspiré un intérêt si palpitant d’émotions. Le haut de la cataracte n’offrit plus dans toute sa largeur entre les deux rives que le spectacle attristant des flots pressés, qui se précipitaient dans le bassin avec un bruit formidable, et le rideau d’écume blanche qui s’élevait jusqu’à son niveau.

Jules d’Haberville n’avait reconnu son ami qu’au moment où il s’était précipité, pour la seconde fois, dans les flots. Souvent témoin de ses exploits natatoires, connaissant sa force prodigieuse, il n’avait d’abord montré