Page:De Martigny, Viau - La Tiare de Salomon, 1907.djvu/11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
11
FEUILLETON DU MONDE ILLUSTRÉ

formes et de toutes couleurs. Aussi, avant de quitter Paris avait-il soigneusement enveloppé de lustrine verte, la plus chère, la mieux aimée de ses mandolines et l’avait-il soigneusement casée dans un coin de sa malle.

Quant à M. et Mme Sigouard ils avaient trouvé moyen de se faire cordialement détester de tout le monde : passagers et matelots. Cinq ou six fois la délicieuse Sidonie s’était rendue chez le capitaine pour se plaindre de manques d’égards voire même d’impolitesses insignes. Inutile de dire que chaque lois le capitaine s’était contente de lever les épaules.

Enfin on signala un matin les côtes de l’Inde et tous les passagers en grande hâte étaient montés sur le pont.

Bientôt « la Mouette » passait devant une merveilleuse haie de cocotiers, doublait un immense promontoire et pénétrait en rade de Bombay.


Quelques heures plus tard, par une pluie qui subitement venait de se mettre à tomber à torrents, nos voyageurs descendaient au « European Hotel », vaste et somptueux établissement fréquenté par les officiers, les hauts fonctionnaires, les planteurs de the de passage, et par tous les personnages de marque traversant Bombay.

À son grand désespoir le baron Simono apprit du gérant de l’hôtel, que la pluie torrentielle allait durer au moins quinze jours. Sous les tropiques en effet, la pluie tombe ainsi pendant d’assez longues périodes avec la plus extrême violence. Les routes deviennent impraticables et même dans les villes, il est à peu prés impossible d’aller à pied. Pendant une quinzaine nos voyageurs furent donc obligés de ne pas sortir de l’hôtel. Enfin, le baron annonça qu’il partirait coûte que coûte dans la huitaine, ce qui mit au désespoir M. Ricochet qui aurait bien voulu faire dans la ville une petite excursion : histoire de voir un peu s’il n’y aurait pas moyen de dénicher quelque part une superbe mandoline d’occasion.

Un matin, le baron le fit appeler :

— Nous partons demain, lui dit-il, la saison des pluies est terminée. En conséquence, faites vos préparatifs.

Ricochet s’inclina respectueusement :

— Pourrai je enfin être renseigné sur le but du voyage que monsieur le baron a entrepris ? hasarda-t-il.

— J’allais vous l’apprendre, fit le baron. Sachez que je suis à la recherche de la tiare de Salomon. J’ai la preuve que cette tiare se trouve dans un temple, à Djépour. C’est pour faire des recherches dans ce temple que je suis parti.

— Si monsieur le baron n’a pas besoin de moi aujourd’hui, je vais profiter de l’occasion et du premier jour de beau temps pour parcourir les vieux quartiers de Bombay que l’on dit très intéressants, répondit simplement Ricochet, qui s’inclina.

— Comme il vous plaira, répondit le baron qui ajouta :

— Prévenez monsieur Sigouard et sa femme.

Au hasard des rues Ricochet marcha, grandement effaré de la cohue énorme qui grouillait autour de lui.

C’est en effet une ville fort curieuse que Bombay, c’est le port d’embarquement de tous les peuples de la Perse, de l’Arabie et de l’Afganistan, en même temps que le rendez vous de départ pour la Mecque de tous les musulmans de l’Hindoustan.

Stupéfié de surprise, Ricochet voyait passer au milieu des hindous aux costumes éclatants et bigarrés des Persans à hauts bonnets d’astrakan, des Arabes drapés de blanc, des nègres Somalis, des Chinois, des Birmans, des Malais, etc., etc.