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LA TIARE DE SALOMON

bouche d’enfant, une taille d’abeille ! Ah tenez, mon oncle, rien qu’a la pensée de m’en séparer je me sens mal !

Et Oscar Sigouard laissa tomber sa tête piriforme sur sa poitrine.

— Mais pourquoi l’emmènerions-nous pas votre femme ! fit le baron, après une minute de réflexion.

Oscar joignit les mains :

— Comment, mon oncle, il serait possible, vous consentiriez à nous emmener !

Un léger grattement qui se fit entendre derrière la porte coupa l’enthousiasme de l’époux de la ravissante Sidonie.

— Entrez, fit le baron Simono.

Le personnage autorisé à entrer dans le cabinet de travail de Simono était un petit homme d’une cinquantaine d’années, très replet et dont la figure rose, complètement rasée était empreinte de la plus grande bonhomie.

Une ample redingote noire lustrée, revêtait un corps vigoureux. Un pantalon très étroit et de la même nuance que la redingote recouvrait de toutes petites jambes, toujours en mouvement.

— Monsieur le baron m’a fait l’honneur de m’appeler, fit le nouveau venu, en s’inclinant respectueusement.

Le baron Simono désigna à son subordonné une chaise, sur laquelle monsieur Ricochet, car c’était lui, ne crut devoir appuyer qu’une minime partie de son séant, en déclarant :

— Monsieur le baron est bien bon et je suis à ses ordres.

— Monsieur Ricochet, fit le baron Simono, en prenant une pose solennelle, depuis combien de temps êtes vous à mon service ?

— Il y a vingt-cinq ans monsieur le baron, que j’ai l’honneur de vous prêter mon humble concours, à raison de cinquante francs par mois, nourri, logé et couché, répondit respectueusement l’interpellé.

— Eh bien, monsieur Ricochet continua le baron, je vous engage à faire vos malles au plus vite.

Le secrétaire blêmit :

— Monsieur le baron me chasse ? bégaya-t-il d’une voix étranglée.

— Non mon ami. reprit le baron, je n’ai point cette pensée, votre attachement m’est encore utile, et si je vous prie de faire vos malles, c’est que de mon côté je veux faire les miennes. Ceci dit, écoutez-moi.

Monsieur Ricochet rassuré, poussa un soupir de soulagement, tira une large tabatière en corne, de la poche de son pantalon, la frappa de trois petits coups secs du bout de l’index, l’ouvrit et y puisa une ample prise de tabac, en s’excusant timidement :

— Si je n’en offre pas à monsieur le baron c’est que je sais que monsieur le baron ne prise jamais.

Et monsieur Ricochet se disposait à rentrer sa tabatière quand une main gigantesque s’abattit sur son bras.

En même temps, une voix caverneuse, celle d’Oscar Sigouard, s’écriait :

— Minute, mon vieux ! moi je n’en dis pas autant car il y a des jours où je n’ai pas devant moi deux sous pour me fourrer du tabac dans le nez.

Monsieur Ricochet devint verdâtre, tant l’attentat subit perpétré sur sa tabatière, par cet homme mal mis, l’avait terrorisé.

Le baron Simono le tira d’angoisse :

— Monsieur est un ami, dit-il, en désignant son neveu, un ami qui à la suite de revers de fortune immérités s’est trouve très gêné ces temps derniers. C’est lui du reste, ajouta-t-il, qui aidé de Madame Sigouard, sa femme, nous secondera dans l’important voyage scientitique que je vais entreprendre.

Le vieux secrétaire s’inclina en murmurant entre ses dents :