Page:De Merejkowsky - Le Roman de Léonard de Vinci, 1907.djvu/13

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avez-vous peur ? Ne voyez-vous pas que cette main n’appartient ni à un vivant, ni à un mort, que c’est une main en pierre, tout simplement. » Et la saisissant, elle l’arracha comme une betterave. La main était brisée un peu au-dessus du poignet. « Grand’mère, m’écriai-je, n’y touchez pas. Laissez cela. Nous allons vite l’enfouir de nouveau pour éviter des malheurs. — Non, me répond-elle, il faut d’abord la porter au curé pour qu’il récite les prières d’exorcisme. » Mais la vieille m’a trompé. Elle n’a pas été voir le curé et a caché la main dans un coin de son alcôve où elle gardait ses baumes, ses herbes et ses amulettes. Je me fâchai ; j’exigeai qu’elle me la rendît ; la vieille s’entêta et à partir de ce moment fit des cures merveilleuses. Quelqu’un avait-il mal aux dents, elle appliquait la main de l’idole et l’enflure tombait. De même elle guérissait de la fièvre, des coliques et du haut mal. Pour les animaux également ; si une vache mettait bas difficilement, ma grand’mère appliquait la main de pierre sur le ventre, la vache mugissait et le veau, sans qu’on s’en fût aperçu, se roulait déjà sur la paille.

» On en jasa dans les villages environnants. La vieille gagna beaucoup d’argent. Moi je n’en tirais aucun profit. Le curé, le père Faustino, ne me laissait pas de répit ; à l’église, pendant le sermon, il m’accablait de reproches devant tout le monde, m’appelait fils damné, serviteur du diable ; me menaçait de se plaindre à l’évêque, de me priver de la Sainte Communion. Et les gamins couraient derrière moi