Page:De la Mennais - De la religion, 1826.djvu/110

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à se tranquilliser complètement, ils s’enfoncent dans leur lâcheté comme dans le plus sûr asile ; tant l’expérience est nulle pour eux !

Il est vrai aussi qu’exiger des hommes qu’ils portent leur vue au-delà du présent, qu’ils développent par la pensée le germe de l’avenir, et découvrent ce qui sera dans ce qui est, c’est demander plus et beaucoup plus qu’on n’est en droit d’attendre. Ils ignorent, pour la plupart, comment les révolutions politiques et surtout les révolutions religieuses s’opèrent. L’esprit des institutions, la nature des doctrines, sont des causes dont peu de personnes savent apprécier la puissance et prévoir les effets. Cependant rien de considérable n’arrive dans le monde, rien ne s’établit, rien n’est détruit que par leur influence. C’est toujours d’en haut que le branle est donné aux évènements qui remuent la société entière ; et ce que le bras abat, la pensée l’avoit déjà renversé.

Or l’état en France, obligé, comme on l’a vu, de subir toutes les conséquences du principe démocratique consacré par les lois, n’offre qu’une vaste agrégation d’individus dépourvus de lien ; tandis que pour maintenir, sous le nom de liberté, la démocratie des opinions, on proclame, sans aucunes limites, le principe du jugement privé, également destructif de tout lien dans l’ordre