Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/153

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bois. Ce n’était pas une caverne naturelle comme celle que j’avais trouvée, mais une grotte qu’ils avaient creusée à force de travail, où, lorsque arriva le malheur qui va suivre, ils mirent en sûreté leurs femmes et leurs enfants, si bien qu’on ne put les découvrir. Au moyen d’innombrables pieux de ce bois qui, comme je l’ai dit, croît si facilement, ils avaient élevé à l’entour un bocage impénétrable, excepté en un seul endroit où ils grimpaient pour gagner l’extérieur, et de là entraient dans des sentiers qu’ils s’étaient ménagés.

Quant aux trois réprouvés, comme je les appelle à juste titre, bien que leur nouvelle position les eût beaucoup civilisés, en comparaison de ce qu’ils étaient antérieurement, et qu’ils ne fussent pas à beaucoup près aussi querelleurs, parce qu’ils n’avaient plus les mêmes occasions de l’être, néanmoins l’un des compagnons d’un esprit déréglé, je veux dire la paresse, ne les avait point abandonnés. Ils semaient du blé il est vrai, et faisaient des enclos ; mais jamais les paroles de Salomon ne se vérifièrent mieux qu’à leur égard : – « J’ai passé par la vigne du paresseux, elle était couverte de ronces. » – Car, lorsque les Espagnols vinrent pour voir leur moisson, ils ne purent la découvrir en divers endroits, à cause des mauvaises herbes ; il y avait dans la haie plusieurs ouvertures par lesquelles les chèvres sauvages étaient entrées et avaient mangé le blé ; çà et là on avait bouché le trou comme provisoirement avec des broussailles mortes, mais c’était fermer la porte de l’écurie après que le cheval était déjà volé. Lorsqu’au contraire ils allèrent voir la plantation des deux autres, partout ils trouvèrent des marques d’une industrie prospère : il n’y avait pas une mauvaise herbe dans leurs blés, pas une ouverture dans leurs haies ; et eux aussi ils vérifiaient ces autres paroles de Salomon : – « La main diligente devient riche. » ; – car