Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/199

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fis connaître que j’avais apporté pour eux des secours de toute sorte ; que j’avais fait de grandes dépenses afin de les pourvoir de toutes les choses nécessaires à leur bien-être et leur sûreté, et que je leur amenais telles et telles personnes, non-seulement pour augmenter et renforcer leur nombre, mais encore pour les aider comme artisans, grâce aux divers métiers utiles qu’elles avaient appris, à se procurer tout ce dont ils avaient faute encore.

Ils étaient touts ensemble quand je leur parlai ainsi. Avant de leur livrer les provisions que j’avais apportées, je leur demandai, un par un, s’ils avaient entièrement étouffé et oublié les inimitiés qui avaient régné parmi eux, s’ils voulaient se secouer la main et se jurer une mutuelle affection et une étroite union d’intérêts, que ne détruiraient plus ni mésintelligences ni jalousies.

William Atkins, avec beaucoup de franchise et de bonne humeur, répondit qu’ils avaient assez essuyé d’afflictions pour devenir touts sages, et rencontré assez d’ennemis pour devenir touts amis ; que, pour sa part, il voulait vivre et mourir avec les autres ; que, bien loin de former de mauvais desseins contre les Espagnols, il reconnaissait qu’ils ne lui avaient rien fait que son mauvais caractère n’eût rendu nécessaire et qu’à leur place il n’eût fait, s’il n’avait fait pis ; qu’il leur demanderait pardon si je le souhaitais de ses impertinences et de ses brutalités à leur égard ; qu’il avait la volonté et le désir de vivre avec eux dans les termes d’une amitié et d’une union parfaites, et qu’il ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour les en convaincre. Enfin, quant à l’Angleterre, qu’il lui importait peu de ne pas y aller de vingt années.

Les Espagnols répondirent qu’à la vérité, dans le commencement, ils avaient désarmé et exclus William Atkins