Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/243

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conforme à la véritable Foi, et un Sauvage, un barbare, qui ne connaît ni Dieu, ni Christ, ni Rédempteur. Si vous n’êtes pas dans le giron de l’Église catholique, nous espérons que vous êtes plus près d’y entrer que ceux-là qui ne connaissent aucunement ni Dieu ni son Église. C’est pourquoi je me réjouis quand je vois ce pauvre homme, que vous me dites avoir été un débauché et presque un meurtrier, s’agenouiller et prier Jésus-Christ, comme nous supposons qu’il a fait, malgré qu’il ne soit pas pleinement éclairé, dans la persuasion où je suis que Dieu de qui toute œuvre semblable procède, touchera sensiblement son cœur, et le conduira, en son temps, à une connaissance plus profonde de la vérité. Et si Dieu inspire à ce pauvre homme de convertir et d’instruire l’ignorante Sauvage son épouse, je ne puis croire qu’il le repoussera lui-même. N’ai-je donc pas raison de me réjouir lorsque je vois quelqu’un amené à la connaissance du Christ, quoiqu’il ne puisse être apporté jusque dans le sein de l’Église catholique, juste à l’heure où je puis le désirer, tout en laissant à la bonté du Christ le soin de parfaire son œuvre en son temps et par ses propres voies ? Certes que je me réjouirais si touts les Sauvages de l’Amérique étaient amenés, comme cette pauvre femme, à prier Dieu, dussent-ils être touts protestants d’abord, plutôt que de les voir persister dans le paganisme et l’idolâtrie, fermement convaincu que je serais que Celui qui aurait épanché sur eux cette lumière daignerait plus tard les illuminer d’un rayon de sa céleste grâce ; et les recueillir dans le bercail de son Église, alors que bon lui semblerait. »

Je fus autant étonné de la sincérité et de la modération de ce Papiste véritablement pieux, que terrassé par la force de sa dialectique, et il me vint en ce moment à l’esprit que