Page:Defoe - Robinson Crusoé, Borel et Varenne, 1836, tome 2.djvu/265

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un serviteur ou deux et les choses nécessaires pour qu’il pût s’y établir comme planteur, en attendant l’heureux moment où, si je retournais en Angleterre, je pourrais le délivrer, plein de l’espérance que je ne l’oublierais pas quand j’y serais revenu ; enfin qu’il me remettrait quelques lettres pour ses amis à Londres, afin de leur faire savoir combien j’avais été bon pour lui, et dans quel lieu du monde et dans quelle situation je l’avais laissé. Il me promettait, disait-il, lorsque je le délivrerais, que la plantation dans l’état d’amélioration où il l’aurait portée, quelle qu’en pût être la valeur, deviendrait tout-à-fait mienne.

Son discours était fort bien tourné eu égard à sa jeunesse, et me fut surtout agréable parce qu’il m’apprenait positivement que le mariage en vue ne le concernait point lui-même. Je lui donnai toutes les assurances possibles que, si j’arrivais à bon port en Angleterre, je remettrais ses lettres et m’occuperais sérieusement de ses affaires, et qu’il pouvait compter que je n’oublierais point dans quelle situation je le laissais ; mais j’étais toujours impatient de savoir quels étaient les personnages à marier. Il me dit enfin que c’était mon Jack-bon-à-tout et sa servante Suzan.

Je fus fort agréablement surpris quand il me nomma le couple ; car vraiment il me semblait bien assorti. J’ai déjà tracé le caractère de l’homme : quant à la servante, c’était une jeune femme très-honnête, modeste, réservée et pieuse. Douée de beaucoup de sens, elle était assez agréable de sa personne, s’exprimait fort bien et à propos, toujours avec décence et bonne grâce, et n’était ni lente à parler quand quelque chose le requérait, ni impertinemment empressée quand ce n’était pas ses affaires ; très-adroite d’ailleurs, fort entendue dans tout ce qui la concernait, excellente mé-