Page:Deherme - L’Idéologie délétère.djvu/14

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croyance à l’infaillibilité de la raison individuelle, ne saurait admettre.

En faisant table rase de l’expérience séculaire, en dédaignant les laborieux acquêts des générations précédentes, nos révolutionnaires se figurent qu’ils avancent. De tous, a prononcé A. Comte, « ils sont les plus rétrogrades sans cesser d’être les plus perturbateurs. » S’ils pouvaient se dégager tout à fait de la tradition, ce serait pour nous ramener aux âges primitifs. Ils y parviennent dans la mesure où ils sont ce qu’ils veulent être. En Russie, les bolcheviks y ont réussi trop bien.

Se refuser à poursuivre dans la même ligne le procès de l’effort humain, c’est revenir au point de départ, avec les mêmes forces. Au moral, le résultat ne peut être que celui qu’obtenait l’anthropopithèque dans sa caverne. Et il en serait de même au matériel si, là, de même, nous refusions d’employer les engins et la technique transmis par nos prédécesseurs.

La loi de constance universelle se confirme par le progrès social comme par l’évolution biologique.

Ce n’est qu’en incorporant ce qui a été que ce qui est peut valoir mieux. C’est en comprenant la pensée de tous les morts que celle des vivants peut être plus étendue. La continuité, qui conserve et transmet, seule est progressive. Toute destruction, toute négation, toute subversion — même inévitables — sont des récurrences sociales. Elles sont anarchiques, en outre, quand elles dissipent la vénération, base de toute discipline efficace.